Jean-Paul Gavard-Perret

 

L'art chez Christiane Sintès possède deux qualités essentielles et rares : il est ni narcissique ni ostentatoire. Il va à l'inverse du côté de l'effacement. En lui réside un questionnement majeur au moment où les œuvres ne se donnent pas du côté du beau, du décoratif bref de la facticité.

 

Touts cela au nom peut-être d'un principe de solitude première mais un principe qui ne cloue pas l'artiste mais la pousse vers l'altérité, Christiane Sintes fait de son approche "œuvre de discrétion" . Loin des vacarmes elle interroge les tréfonds, les racines mais par effet de frôlement, de caresse optique sur diverses surfaces. C'est parce qu'elle travaille sur ce que Beckett nomma "l'à peine à peine" que paradoxalement elle offre dans ses stratégies de prises et de montage tout sauf une superficialité de parade.

 

L'artiste épuise l'apparence par elle-même. Elle ne la farde pas. Au contraire. Sans pour autant opter pour une esthétique réaliste. Le brut n'est pas le réaliste. Et tout est question de montage. Le monde devient un signe que l'art entérine et déplace. Mais pour que celui-ci soit vraiment puissant il faut que l'on ne s'en aperçoive pas. Le réel "tout" le réel est là mais dans un premier temps il ne parle pas. L'artiste en fait une "attente" pour demander à celle ou celui qui regarde de la réactiver à travers ce que la créatrice propose et qui ne se "donne" pas.

 

C'est toute la force de l'œuvre : ne pas mâcher le travail. Les photographies, les montages de l'artiste nous regardent par effet de perte voulue comme telle. L'image n'est donc plus "pieuse" en elle-même, son ex-voto est à recréer et pas forcément par dévotion. Christiane Sintès possède la politesse rare de nous proposer des images qui nous devancent de quelques longueurs. Elles ne sont pas prêtes à l'usage, prêtes à être consommer car pratiquement prédigérées. Elles ne nous emprisonnent pas.

 

Christiane Sintès ne nous dit pas ce que l'on peut en faire. Son travail n'est pas bavard. Il est plutôt archétypal. Il avance non masqué mais dans le silence. C'est un interstice, une ouverture. Il avance comme un Caterpillar particulier : sans chenilles, sans acier, sans bruit, mais il avance pour créer un passage. Il n'écrase pas il montre où porter le regard, l'attention, la question. C'est en regardant un tel travaille qu'on reprend conscience. A nous d'en faire bon usage. Une question de survie.

 

 

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